• Sabine Guichard

Violences sexistes et sexuelles, l'après #MeToo dans une étude-témoin IFOP


Voilà 2 ans déjà que l'Affaire WEINSTEIN a éclaté, lançant #MeToo puis #BalanceTonPorc. Et aujourd'hui ? Deux Fondations ont souhaité mesurer l’ampleur des violences sexistes ou sexuelles (VSS) subies par les Européennes sur leur lieu de travail via une enquête menée auprès d'un échantillon de 5026 femmes (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne et Italie).

Quelques chiffres issus de cette étude-témoin IFOP :

  • 6 Européennes sur 10 ont déjà été victimes d’une forme de sexisme ou de harcèlement sexuel au travail au cours de leur vie professionnelle, dont 21% qui l’ont été au cours des 12 derniers mois

  • 55% des Françaises ont déjà été victimes d’une forme de sexisme ou de harcèlement sexuel au travail au cours de leur vie professionnelle

  • 18% des Européennes interrogées se sont vues imposer des contacts sur une zone génitale ou érogène au cours de leur vie professionnelle ; 9% ont fait l'objet de pression afin d'obtenir un acte de nature sexuelle en échange d'une embauche ou d'une promotion

  • Au cours de leur carrière, 11% des Européennes ont déjà eu un rapport sexuel « forcé » ou « non désiré » avec quelqu’un de leur milieu professionnel (dont 9% en France)

  • Pour le cas de la France, 30% des Françaises ont déjà été harcelées ou agressées sexuellement sur leur lieu de travail

  • Sur l'effet âge : 66% des Européennes de moins de 30 ans ont été confrontées à au moins une forme de violences sexistes et sexuelles au travail au cours de leur vie professionnelle ; 42% l'ont été au cours des douze derniers mois. Mais attention : Les femmes ayant adopté une stratégie « active » en parlant à un interlocuteur susceptible de régler le problème en interne (par exemple supérieur hiérarchique, syndicaliste) restent peu nombreuses : 9% à 16% selon les cas


A noter : Au regard de cette étude, les femmes actives sont loin d’être toutes exposées au même niveau de sexisme ou de harcèlement sexuel dans leur environnement professionnel => les travailleuses s’y avèrent d’autant plus exposées qu’elles sont jeunes, urbaines, discriminées pour leur orientation sexuelle ou leur religion, déjà victimes de violences sexuelles, employées dans un environnement de travail masculin ou forcées à porter des tenues montrant leurs formes, leur poitrine ou leurs jambes.


La Fondation Jean JAURES ajoute que "S’agissant des agissements qui interviennent plus précisément sur les lieux de travail habituels (bureau, atelier, guichet), on remarque une spécificité française concernant « les pressions afin d’obtenir de la part de la victime un acte de nature sexuelle en échange d’une embauche ou d’une promotion » puisque dans 51 % des cas, l’auteur est un supérieur hiérarchique contrairement à la moyenne de l’Union européenne qui est de 34 %. On peut s’interroger sur une sorte de « culture française » du phénomène de chantage sexuel à l'emploi ou à la promotion, ce qui constitue selon le Code pénal une circonstance aggravante pour les personnes qui abusent de l'autorité que leur confèrent leurs fonctions. Un tel phénomène oblige, d’une part, à conduire une politique de formation beaucoup plus marquée concernant les cadres et, d’autre part, à diversifier les interlocuteurs vers lesquels les victimes peuvent se tourner pour disposer de véritables moyens d’écoute et de recours. De façon générale, les actions de sensibilisation et de formation constituent un levier majeur tant pour les victimes afin de leur permettre de prendre conscience que ces agissements sont illégaux, que pour les acteurs du monde du travail pour mieux accompagner les victimes".


Alors... on en parle pour dépasser l'effet résignation et opter pour une prévention active ?